L’Architecture, la maison et la peur :
“… on verra par la suite à quelles conditions les choses familières peuvent devenir étrangement inquiétantes, effrayantes ” S. Freud.
Peur dans la maison :
Bruits, nuit, lumières, passé trouble marqué par la violence, terreur sont des scénarii récurrents dans les films marqués par un sujet central, la maison qui fait peur… l’architecture devient la source principale d’angoisse, et ce, depuis le cinéma expressionniste allemand (Le Cabinet du docteur Caligari, 1920) jusqu’au cinéma contemporain (Shining, 1980 ou Parasite, 2019), Amityville, Le sous-sol de la peur, Prenez les escaliers, mais aussi Panic room, ou récemment The House (2023).
Il est un fait que le cinéma a très vite conjugué l’espace avec l’inquiétude, en usant de décors particuliers très sophistiqués : assemblage d’angles improbables, déformations des perspectives, murs penchés, passages brusques entre l’ombre et la lumière, perte de repères spatiaux, afin de suggérer des actions violentes qui s’y déroulent : enfermement, punition, cruauté, sévices, tortures, pour obtenir des sentiments de peur : effroi, panique, stress, angoisse, paranoïa, folie passagère et provoquer des actions en conséquence qui rythment dialectiquement le film : repli sur soi, abandon, agressivité, lutte, hurlements, fuite, vengeance, soulagement. En 1912, année proche du début du cinéma, une riche héritière, Frances Glessner Lee s’est mise à construire d’étranges maisons de poupée du crime et de la violence, dans un but affirmé de formation des policiers, encore utilisées aujourd’hui. Véritables maquettes d’architecture, ces maisons ouvertes, les « Nutshell studies », sont présentées aux inspecteurs de police qui suivent les séminaires d’investigation criminelle : ils peuvent ainsi apercevoir à échelle réduite les scènes de crimes avec force détails, fusils, personnage mort, tache de sang, chaise renversée, et autant d’accessoires miniatures afin d’en donner des explications pour en déduire la cause des crimes commis sur les poupées fidèlement reproduites. Autant de maisons qui recèlent autant de morts violentes et étranges. Le cinéma a rendu visible ce que ces maquettes étaient essentiellement en architecture, la figure du double en psychanalyse, c’est-à-dire ce qui semble animé d’une vie indépendante, d’une volonté qui nous échappe, d’une inquiétante étrangeté. Cette théorie développée par le psychanalyste Sigmund Freud, renvoie à l’enfance d’avant le ‘je suis’, vivant dans un monde extérieur indistinct … De la solitude, du silence, de l’obscurité, nous pouvons dire qu’ils sont les éléments auxquels se rattache l’angoisse infantile qui jamais ne disparait tout entière chez la plupart des hommes (Freud). Du cinéma comme aux maquettes : Pour un grand nombre de personnes, le plaisir de surmonter l’angoisse se poursuit dans la visite des maisons utilisées comme décor dans les films : Ainsi la maison d’Amityville reçoit de nombreux visiteurs, l’hôtel ayant servi de décor lugubre pour le film Shining a été classé au registre des lieux historiques… Et la vente des pièces de panique est en croissance … Pourtant nous savons bien que la maison est avant tout une source de bien être, dispensatrice de lumière, de chaleur, de luxe, de calme et de volupté, pour citer Baudelaire, ce poète du Spleen …

A la Maison de l’Architecture de Haute Savoie aussi, pendant les vacances, tout est paisible… Pour l’instant …
José VILLOT, Président de la MA74