L’Architecture et Le monde animal:
Ne pas réduire l’écologie à une simple « protection de l’environnement », c’est chercher à faire coïncider celle-ci avec des pratiques d’exploration de la continuité de notre être avec le vivant et les milieux de vie. » Antoine Chopot (2015)
C’est par son absence que le monde animal se fait remarquer en architecture, comme sujet rarement pris en compte dans l’aménagement urbain contemporain. Bien sûr nous savons que naturellement la discrétion et l’évitement sont des caractéristiques majeures des animaux ; l’animal se cache de l’homme et de ses prédateurs. Mais cette absence se voit renforcée chaque jour par la destruction massive de son habitat et de ses aires de reproduction, contribuant un peu plus à son effacement, malgré son sens de la manipulation des matériaux qui nous rappelle la foisonnante adaptation de la vie aux éléments naturels, et leur lien indéfectible.
Au sol, sous terre, par des abris protecteurs en feuilles, en brindilles, en terre, l’animal déploie une énergie importante pour créer son habitat de reproduction et de protection, rejoignant les deux grands principes de l’architecture : protéger et abriter.
Les poissons font des nids de débris végétaux, utilisent le gravier, le sable, les galets, la végétation. A partir de substances végétales mâchées, les insectes construisent des nids complexes où ils aménagent des chambres, creusent des galeries dans le bois, élèvent de grands monticules de terre. Les nids d’oiseaux varient par les matériaux : terre séchée, brindilles, mousse, herbes, lichens, poils et duvet, et les formes ; sphériques, en forme de coupe, en plate-forme, dans des trous d’arbres. Quant aux orangs outangs, des branches d’arbre rigides constituent les parties structurelles du nid qui soutient le poids de l’animal et des branches plus souples servent de matelas suggérant que le «choix des branches pour les parties des nids est dicté par leur diamètre et leur rigidité».
Les terriers varient d’un simple tube de quelques centimètres à des réseaux complexes de galeries et de chambres … Ainsi le blaireau, les lapins, la taupe, les belettes, la loutre, qui les occupent.
Les marmottes creusent trois types de terriers : un pour abriter la portée durant l’été, un pour hiberner et un pour se réfugier, à proximité d’une zone herbeuse ensoleillée. L’ours prépare sa tanière, soit un enchevêtrement d’arbres abattus, un gros arbre creux, un abri sous une roche, dans lequel il installe une litière de branchettes et de mousse. Le sanglier aménage une bauge à même le sol, à bonne exposition, dans un fourré épais ou, dans la végétation dense. Et les grands félins se retirent dans leurs tanières ou antres, cavernes, grottes. Matériaux, formes, sites, adaptation au milieu, assemblages, compacité, ouverture, fermeture, fonctions, générations, tout cela parle le langage commun de l’Architecture ; depuis le Musée enterré du Chichu Art muséum de Tadao Ando jusqu’au Tirpiz Muséum de B.I.G en passant par le Mémorial de Rivesaltes de Rudy Ricciotti, du Stade Nid d’abeille d’Herzog et De Meuron au Eastgate Center en termitière de Mick Pearce, des ruches urbaines en bois de Snøhetta au Zoo de Vincennes de B. Tschumi, des micro architectures du projet de Norman Foster, Architects for Birds, au Pavillon des Oiseaux de Patrick Berger, du projet Wild Futures en bois à Sydney pour les insectes pollinisateurs à l’exposition Architecture for Dogs de K . Hara, de nombreux projets viennent à la rencontre du monde animal, comme pour n’en faire plus qu’un, celui qu’il était…
Pour la Maison de l’Architecture de haute Savoie
José VILLOT, Président de la MA74