L’Architecture et le vin :

“… Elle passe bien vite cette caravane de notre vie

Ne perds rien des doux moments de notre vie

Ne pense pas au lendemain de cette nuit

Prends du vin, il faut saisir les doux moments de notre vie ”

Omar Khayyâm

En 1996, l’agence d’architecture Herzog et De Meuron publiait les photos de leur dernier projet, un chai construit dans la Napa Valley de Californie, dont les murs en gabions de pierres noires filtraient le soleil en gouttes de lumière fractale surgissant d’entre les pierres contenues inégalement dans une trame de métal grossier, jouant ainsi au sol avec une myriade de taches lumineuses qui venaient se refléter sur une paroi de verre. L’extérieur du chai, quant à lui, se présentait sous la forme d’un parallélépipède fermé, terne, sans éclat, en un assemblage régulier de murs habituellement consacré aux murs de protection autoroutiers. Tout se jouait à l’intérieur….
Ce fut un évènement architectural. Ce bâtiment advenait en point d’orgue d’un bouleversement dans l’approche des constructions liées au milieu du vin, les chais, parallèlement à l’évolution de l‘art de la fabrication du vin, et au goût devenu mondial pour sa consommation qui avait débuté dans les années 1980. Dans ce mouvement de créativité, la volonté de différenciation, la course à l’argent et l’oenotourisme avait encouragé la construction de nombreux chais ; discret et post moderniste comme le chai souterrain de Ricardo Bofill en 1987, sous la forme d’un long tube en métal courbé par J. Nouvel en 2008, chai en béton blanc ondulant sous un jardin suspendu par C. de Porzamparc en 2009, futuriste en lame de métal comme le chai de Philippe Starck en 2016. D’autres se découvraient une passion pour le vin comme l’architecte G. Perraudin, qui bâtit un chai en pierre massive tout en élégance en 1990, anticipant les questions thermiques d’aujourd’hui par l’utilisation d’un matériau naturel produit in situ. Dans le même temps, des oenologues, des vignerons, des producteurs souhaitaient maintenir la qualité du vin, face à la puissance financière ; leur engagement sera amplifié par la présentation à Cannes en 2003 du film Mondovino, qui donnera l’heure de départ d’une nouvelle approche du vin et de sa fabrication, notamment en France. On parlera de disparition du chai dans le paysage, de son effacement, de son enfouissage dans le sol pour laisser la part belle au vin, dont la production résultera d’un processus exigeant, qui se diversifiera jusqu’en bio, en biodynamie, en vin naturel, en vin sans sulfite, en vin nu pour certains, et par la construction de chais dont les matériaux présenteront des qualités intrinsèques, à portée locale, en pierres du pays, en terre crue, en paille compressée, etc. Aujourd’hui il s’agit de reconstituer un éco système au service de la magie du vin : Vinification gravitaire, architecture écodynamique, stabilité thermique, hygrométrie naturelle, autant de questions techniques du process vinicole qui seront abordées par les architectes devenus des techniciens éco responsables du vin.

Le 14 octobre, salle P. Lamy, la Maison de l’Architecture de Haute Savoie accueillera Marine Jacques-Leflaive, architecte, fondatrice de l’atelier Zéro Carbone architectes, William Morandi, architecte, de l’atelier Roderie architecture, Timur Ersen, architecte, de l’atelier Kara pour évoquer l’actualité de leurs constructions de chais et Sylvain Thévenet viticulteur à Saillans pour l’art de fabriquer du vin en 2026 .

Nous vous attendons, venez nombreux, voir pour inscription sur le site de la MA74
José VILLOT, Président de la MA74